Citation:
ALGER mars 2008
Quand j’ arrive par bateau en Algérie ce qui me frappe c’est la beauté de la ville. On débarque brusquement dans un trafic incessant, une ville en extension permanente et un perpétuel chantier qui n’en finit pas, une impression de ruines récentes : plus de 2 millions de voitures pour la petite ville qui compte maintenant 4 millions d’habitants. L’odeur des gaz d’échappement, les bruits de freinage, les klaxons et la chape de pollution vous prennent à la gorge et ce sera comme ça tout le temps sauf le vendredi, jour de repos, ou une légère accalmie se fait sentir.
Mes journées sont denses de rencontres, de discussions, d’espoir et désespoir, de tous les possibles. Les nuits, on danse dans des cabarets ou des bars discrets dans le quartier de la rue Didouche Mourad, artère principale d’Alger où se côtoient tous les algérois qui veulent vivre, décompresser des journées folles.
Richesses créatives et intenses, émulations frénétiques, joie de vivre et désespoir imprègnent la jeunesse pressée dans un pays pourtant qui ne sort pas de son immobilisme. 80% de la population a moins de 25 ans. L’Algérie, pays de contrastes, choc entre un capitalisme sauvage et un passé étatisé socialiste, la société algérienne est en crise identitaire après des années de guerre civile et un présent violemment secoué par les impasses des projets politiques inaboutis.
«Le Français, c’est notre prise de guerre» plaisantent certains algérois entre 35/40 ans, et ils disent avoir eu de la chance d’avoir une mère qui parle parfaitement français. Certains d’entre eux ont pu voyager et découvrir d’autres sociétés. Mais généralement dans les milieux populaires et la société civile dans son ensemble, les gens sont piégés par la télé et Internet, des gens piégés par des conditions de vie difficiles qui font le terreau de l’intégrisme. D’autres, entre 18 et 25 ans, ont reçu un enseignement en arabe littéraire, dans un système éducatif que beaucoup trouve aujourd’hui insuffisant comme si l’arabisation et le Français toujours présent compliquaient les apprentissages.
Bien sûr, ils se revendiquent tous d’être algériens, mais cultivent aussi leurs différences culturelles, ethniques, religieuses Riad, jeune homme acide et plein d’humour, me dit :musulmans très pratiquants et progressistes cohabitent sans problèmes apparents. Chacun son modèle chacun sa religion, chacun sa politique, tu vois, il y a quelque temps, on ne pouvait pas vivre comme ça. C’est à nous d’inventer notre modèle de société, mettre l’homme au centre de celle-ci. » je suis revenu d’AlgÈrie avec l’ espoir pour ces jeunes gens qui ont décidé de rester vivre et construire leur avenir dans ce pays riche dans tous les sens du terme.