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A quoi servent les pipettes dans les outils Réglage de Niveaux et Courbes ?
Ce tuto est dédié à François qui pose des questions fort pertinentes et sait dire qu'il ne comprend pas.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, un petit rappel.
Dans l'espace RVB (R pour rouge, V pour vert et B pour bleu) et ses variantes, les couleurs sont définies en 256 niveaux de gris sur chacune des trois couches, R, V et B. Ainsi, le vert pur s'obtient avec R=0, V=255, B=0. Pour bien comprendre le fonctionnement des pipettes, il faut impérativement se souvenir des définitions suivantes :
pour le noir pur R=V=B=0 ;
pour le blanc pur R=V=B=255 ;
pour le gris moyen
neutre R=V=B=127 (127,5 n'existant pas, on peut choisir entre 127 et 128 !).
Les trois pipettes noire, grise et blanche vont vous permettre de définir des pixels de référence pour, respectivement, le noir pur, le gris moyen neutre et le blanc pur sur votre image. A partir de là, deux cas de figure : vos choix correspondent exactement aux définitions que je viens de donner et vous ne verrez pas de changement dans votre image (mais alors, pourquoi recourir aux pipettes !) ; ou alors, vos choix ne correspondent pas et du changement, vous allez en voir !
Imaginons, par exemple, que vous choisissiez comme référence de blanc pur un pixel dont la définition est R=255, V=250, B=205. Le logiciel va alors considérer qu'il n'y a pas de changement à faire pour la gamme des rouges ; en revanche, il va recalculer les verts et les bleus. Les verts de 250 à 255 seront tous confondus en un seul niveau, et ceux qui sont dessous seront ré-étalés au long de la gamme. Cela pourrait ne pas faire une très grosse différence. En revanche, la même chose va se faire pour les bleus. Là, ce sont les niveaux 205 à 255 qui vont être confondus, les niveaux inférieurs étant répartis en conséquence. Le résultat risque fort d'être surprenant, tant au niveau de la dominante que de la luminosité...
J'ai pris ici un exemple radical. Dans la pratique, on n'a généralement pas trop de mal à définir un blanc pur et un noir pur, surtout si l'on s'aide de l'outil Seuil. Les problèmes se posent le plus souvent avec le gris moyen neutre : il est déjà difficile de le définir correctement, mais il est plus difficile encore de le faire quand il y a une dominante colorée.
C'est pourquoi il est beaucoup plus simple, en général, de n'utiliser que les curseurs dans le Réglage de Niveaux, ou la manipulation directe de la droite dans l'outil Courbes, d'autant que l'on voit directement les effets dans l'image. Les pipettes agissant sur les trois couches simultanément, elles permettent simplement d'aller un peu plus vite en théorie. Mais le gris moyen pouvant être particulièrement difficile à trouver, il faut souvent multiplier les essais, prendre des notes, hésiter, si bien qu'en pratique, la méthode la plus rapide n'est pas forcément celle-ci.
Personnellement, je n'ai réglé qu'une seule photo avec les pipettes : postée par un membre du forum, elle présentait une dominante assez complexe, je ne m'en sortais pas avec les curseurs et après examen attentif, j'ai fini par trouver un unique pixel pouvant être un bon candidat pour un gris moyen... Mais je n'avais pas encore beaucoup d'expérience et je suppose que maintenant, je m'en sortirais mieux ! Je ne vois donc que deux raisons de se servir systématiquement des pipettes :
Premier cas : vous devez faire des photos avec un rendu de couleurs aussi exact que possible. Vous allez donc prendre la première photo de la série avec une charte placée devant le sujet, charte comportant généralement un noir, un blanc et quelques gris dans lesquels vous irez piocher vos pixels référents ; une fois le réglage fait, il faudra l'enregistrer pour l'appliquer à la série entière.
Deuxième cas : vous faites du N&B avec application du zone system d'Ansel Adams. Dès la prise de vue, vous avez défini où serait placé le gris moyen (et vous avez pris des notes !) et c'est là qu'il faudra aller le rechercher une fois de retour devant la bécane.
Après toute cette théorie, on va passer à la pratique avec deux photos fort différentes. Le but de l'opération n'est pas de les régler, mais de montrer comment agissent les choix que l'on fait.
La neige présente sur la première offre assez de variations de teintes pour permettre de voir ce qui peut se passer quand on choisit un point blanc (photo de Polini).
En premier lieu, je vous ai déniché le pixel 440, 279 ainsi composé :
R=238
V=255
B=255
J'ai cliqué dessus avec la pipette blanche et hop :
Le mur de neige blanc, sur la droite, a pris de délicats tons rosés ! Le logiciel a appliqué ce que je lui ai ordonné de faire et a remonté tous les rouges : les 238 et supérieurs sont devenus 255 et ceux du dessous répartis en conséquence.
En voici un autre, tout aussi intéressant, le pixel 389, 157 :
R=255
V=255
B=248
Presque parfait celui-là, plus que le précédent en tout cas. Et pourtant... Voici ce qui arrive à la photo si on clique dessus avec la pipette blanche :
Cette fois, la neige n'a pas viré au bleu, mais c'est presque pire : elle est fortement brûlée par endroits. Il suffit de regarder de près la photo (c'est à dire à 400 % ou à 800 %) pour comprendre ce qui s'est passé : il y a pas mal d'endroits où il ne manquait qu'une touche de bleu pour obtenir un beau blanc parfait, et la manoeuvre a apporté ce qui manquait...
Après cette mise en jambes (sur deux roues, mais tant pis), on va voir comment peut se dérouler l'opération de A à Z (ou presque, disons de A à Y). L'original posté par Psykolavache (attention, si vous voulez refaire les manips, commencez par modifier le mode de l'image pour le passer en RVB ; voilà ce que c'est que d'enregistrer ses photos en gif !) :
Première étape : il va falloir choisir de sérieux prétendants aux couronnes de noir pur, blanc pur et gris moyen neutre. Pour le dernier, je vous préviens tout de suite, ça se passe au coup d'oeil ou au pifomètre, à vous de choisir ! Mon candidat est sur le mur de gauche et j'ai élu très arbitrairement le 37, 277.
Pour les deux autres, on va faire appel à l'outil Seuil (sur Gimp : Calque/Couleur/Seuil). J'avoue ne pas avoir la moindre idée de l'utilisation "normale" de cet outil. Il est en revanche d'une grande aide quand il s'agit de repérer les pixels les plus clairs et les plus sombres d'une photo, notamment pour se faire une petite idée des zones que l'on risque de brûler ou de faire disparaître dans le noir quand on fait des réglages.
Quand l'outil est activé, l'image se transforme radicalement : la moitié la plus claire des pixels s'affiche en blanc, la moitié la plus sombre en noir. Récupérez le curseur noir et poussez le franchement vers la droite : l'image se noircit progressivement tandis que le compteur de gauche monte allègrement. Stoppez dès qu'il n'y a plus de pixels blancs, et revenez en arrière tout doucement en vous servant du compteur de gauche. Dès la réapparition d'au moins un pixel blanc, arrêtez, passez à 400 %, repérez la position d'un pixel blanc et notez-la.

Même manip en sens inverse pour le pixel noir : poussez le curseur noir franchement vers la gauche : l'image blanchit progressivement et le compteur descend. Quand vous avez trouvé le seuil du noir, notez la position d'un pixel noir. Il ne reste plus ensuite qu'à annuler.

Si vous êtes décidé à peaufiner, commencez par observer par quoi vont se traduire vos interventions. Dupliquez trois fois la photo : sur l'un des duplis, appliquez la pipette noire au pixel noir repéré auparavant, même chose, mais en gris pour le deuxième dupli et en blanc pour le troisième.
Après pipette noire seule :
Après pipette grise seule :
Après pipette blanche seule :
Ensuite, ça se corse. Bien évidemment, l'ordre dans lequel on va appliquer les pipettes est primordial : l'ordre est noir, gris, blanc pour la première photo, noir, blanc, gris pour la deuxième...
Bon, j'avoue, j'ai choisi ekseprès une photo avec laquelle j'étais certaine d'obtenir des résultats outranciers, histoire de bien faire comprendre comment ça marche ! Personnellement, si j'avais dû régler cette photo, je ne serais pas passée par les pipettes...
Pendant que j'y étais, j'ai eu la curiosité de cliquer (pour la première fois depuis que je me sers d'un logiciel graphique) sur le bouton Auto :
Manifestement, Gimp ne se sert pas des pipettes lui non plus !