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Très en vogue dans les années 1970-1980, le
traitement croisé argentique repose sur les particularités des pellicules couleur et de leurs traitements. Pour comprendre les manipulations qui vont suivre, petit passage obligé par un brin de technique...
Le traitement croisé, késako ?
Dans le monde argentique, on trouve deux types de pellicules pour faire des photos en couleur :
les films négatifs (reconnaissables à leur masque protecteur orangé) et
les films inversibles, dits diapositives (inversibles parce que le traitement prévoit une inversion chimique ou lumineuse qui va voiler le film et transformer le négatif en positif). Le traitement des films négatifs (désigné de façon très peu explicite par le nom de code C41) tend à booster le contraste, la saturation, etc. alors que le traitement des inversibles (E6) va plutôt dans l'autre sens.
Evidemment, si l'on
échange les chimies, on peut s'attendre à des résultats surprenants ! Un inversible traité non avec de l'E6, mais avec du C41, va devenir explosif : c'est le
traitement croisé E6 en C41. Un négatif traité non avec du C41 mais avec de l'E6 va au contraire être très adouci : c'est le
traitement croisé C41 en E6.
Bon, ça c'est la généralité. Mais dans le détail, que deviennent les couleurs ? Ici, c'est la
surprise du chef ! Le résultat varie non seulement d'une marque de pellicule à l'autre, mais aussi en fonction de l'âge du film et de ses conditions de conservation : on ne le sait généralement pas, mais une pellicule est une denrée périssable, qui devrait se conserver au réfrigérateur et qui a une date de péremption. Tout ce que l'on peut dire à l'avance, c'est qu'une dominante va apparaître, plus ou moins discrète et que l'ensemble des couleurs va se décaler plus ou moins fortement.
Exemple avec une simulation de traitements croisés C41 en E6 à gauche et E6 en C41 à droite :
L'inconvénient majeur du traitement croisé argentique, c'est son côté
irréversible : une fois qu'une pellicule a été développée dans un bain, plus question de revenir en arrière si le résultat est désastreux. Il n'en va bien sûr pas de même dans le monde numérique, à condition, bien sûr, de
ne pas oublier de travailler sur un dupli !
L'effet surprise du traitement croisé en argentique a une conséquence immédiate pour son émulation dans le monde numérique : il n'y a
pas de règle absolue pour imiter aussi bien C41 en E6 qu'E6 en C41. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que :
- C41 en E6 entraîne une
diminution générale du contraste, une
perte de détails dans les hautes valeurs, un
décalage vers le magenta ou encore vers un vert bleuté (à moins que ce ne soit un bleu verdâtre !) ;
- E6 en C41 se traduit par une
augmentation générale du contraste et de la saturation, une fréquente
perte de détails dans les hautes valeurs, et un
décalage vers le jaune ou le rouge.
Pour obtenir ce genre de résultat, l'
outil Courbes, présent dans tous les grands logiciels de traitement d'image, s'impose de toute évidence, ce qui réserve le traitement croisé à ceux qui ont un
minimum d'expérience de cet outil relativement peu intuitif pour le débutant. S'il s'impose, c'est pour deux raisons principales :
- son extrême
souplesse pour qui le maîtrise ;
- la possibilité d'
enregistrer des manipulations types.
Pour les besoins de ce tuto, j'ai donc créé deux profils types par traitement croisé en modifiant d'une part une photo de reflet d'architecture dans une flaque et d'autre part un portrait. J'ai ensuite appliqué ces quatre profils sur diverses photos, sans les modifier notablement ; dans la pratique, une fois que l'on a créé ses propres profils, il convient bien sûr de les
ajuster assez finement pour les adapter à chaque photo...
Il est temps maintenant de passer à la pratique avec de nombreuses captures. Le travail a été fait sous
Gimp, mais est bien sûr transposable dans tout logiciel doté de l'outil Courbes...
Les courbes ont été manipulées à partir des trois points suivants :
64,64 ;
128,128 ;
192,192 ; les points
0,0 et
255,255 n'ont été déplacés que sur les axes verticaux ou horizontaux. Le portrait victime de toutes les manips n'est pas celui à partir duquel j'ai établi les profils, si bien qu'ils ne sont pas tout à fait adaptés à son cas !
Je rappelle que pour tout traitement sur vos photos, vous devez procéder de la sorte :
- ouvrez l'original ;
- dupliquez-le (ctrl D sous Gimp) ;
-
fermez l'original ;
- activez le dupli, faites Enregistrer sous dans le
format natif de votre logiciel (xcf pour Gimp, psd pour Photoshop) ;
-
enregistrez régulièrement votre travail !
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